Afrique du rire

Kimenyi Hervé

Enfance africaine, adolescence rwandaise

Né au Burundi en 1984, il se décrit comme un « réfugié de luxe », ses parents ayant travaillé pour les Nations unies au Burkina Faso, au Sénégal et en Guinée-Bissau lorsqu’il était enfant. Il garde de ces années une profonde affection pour l’Afrique de l’Ouest.

Hervé Kimenyi est tombé dans l’humour « par accident ». Lorsque Le Revizor, une pièce de l’auteur russe Gogol traduite en kinyarwanda a été présentée à Kigali, 400 personnes ont éclaté de rire comme un seul homme au détour d’une réplique. Hervé Kimenyi se trouvait dans le public. « On n’avait pas l’habitude d’avoir des Rwandais qui rient. Avec trois amis, on a commencé une scène à Ishyo Art Center en 2007, en nous demandant si ce rire, nous pourrions l’avoir tous les soirs. » La scène gagne en notoriété, attirant jusqu’à 2 000 personnes et des sponsors. Aujourd’hui, le Rwanda compte six comiques, invités à se produire partout en Afrique, à l’invitation de comedy clubs.

Entre juillet et août, Hervé Kimenyi a fait plusieurs scènes à Bruxelles, qui lui ont permis de se rôder en se confrontant un public belge. « Certains soirs, les rires ne se déclenchaient que lorsque je parlais en imitant un accent africain. » Il passe son temps à écrire et à tester de nouveaux sketches, largement inspirés par sa vie et son environnement.

Toujours comédien, un métier qu’il veut continuer à exercer, il a par ailleurs joué dans Umurinzi, l’opéra monté par Dorcy Rugamba le 7 avril dernier à Kigali, lors des 25e commémorations du génocide des Tutsis. Cette pièce l’a perturbé. « C’était la première fois que je disais les paroles d’un rescapé, trahi par l’ami de son père. La violence de ce texte m’a touché. Il a fallu que je trouve de la distance, que je montre du respect à la personne dont je lisais les paroles. » Son rêve ? Il est on ne peut plus simple : « Être bien. Que les miens soient bien. »

Interview :

Hervé KIMENYI : Mon nom complet c’est RUTAREMARA KIMENYI Hervé. Pour faire simple, je n’ai gardé que KIMENYI Hervé comme nom de scène. J’ai 34 ans, je suis Rwandais. J’ai étudié un peu partout en Afrique, grâce ou à cause de ma carrière artistique. Je n’ai pas encore fini mon université car j’étudie la communication par correspondance. Il y a douze ans j’ai commencé la mise en scène. J’ai quelques films à mon actif. Je fais aussi du stand up. Depuis le temps, je n’ai pas quitté les planches.

Projets en perspective ?

H.K.: J’essaie de finaliser ma première pièce de théâtre et première mise en scène, ainsi qu’un spectacle complet de stand up qui devrait tourner l’Afrique et l’Europe, dès que certains soucis de logistiques sont finalisés. Et pourquoi ne pas passer derrière la caméra et faire mon premier film ? Ça me tente bien et je me dis pourquoi pas ?

Facette du personnage que les gens ne connaissent pas encore ?

H.K.: La facette cachée d’un humoriste est un peu universelle. Les cordonniers sont les plus mal chaussés, donc les humoristes ne sont pas drôles dans la vraie vie. Ils cachent beaucoup d’angoisse et de douleur derrière le masque de l’humour. Mais, c’est une carapace et pas une vraie nature. Je préfère la solitude ou la compagnie de la famille ou des amis très proches. Je ne pensais jamais être humoriste à la base. C’est un accident de parcours. Mais un bel accident.